L'association Seuil: la marche comme outil pour se reconstruire.

L'association Seuildepuis 2001 œuvre pour la réinsertion des jeunes en difficultés, par la marche.
L'idée de Bernard Ollivier, fondateur de l'association a un seul but: l'accompagnement d'adolescents en situation précaire, ou incarcérés, pour de longues périodes de marche de 3 mois. Chacun part seul avec un accompagnateur, pour un périple hors de France. La décision de s'engager dans ce projet de rupture dépend de la volonté seule de l'adolescent qui se voit proposer une marche, et qui y sera autorisé par le juge.

Le défi bien souvent leur apparait insurmontable, coupés de tous moyens de communication si ce n'est par l'intermédiaire de leur accompagnateur, ayant 15 euros pour vivre par journée. Mais pour Bernard Ollivier, rencontré par l'Association d'Aide Pénale en juillet dernier lors d'une exposition à Conques, il s'agit pour eux de se confronter avec eux même, de puiser dans leurs forces pour avancer et changer. Une alternative efficace contre la détention, car il en résulte un "sentiment de liberté qu'offre la randonnée, le bonheur de se dépasser et surtout les rencontres qu'elle procure" qui sont "la vraie voie vers la résilience, cette capacité à se remettre d'un traumatisme décrite par Boris Cyrulnik".

Pour Bernard Ollivier, il y a plusieurs étapes qui mèneront l'adolescent à se surpasser. D'abord, il ne mesure pas vraiment l'ampleur de son engagement, et les difficultés de s'astreindre à un rythme strictement défini. Cela se traduit par une euphorie du moment, où l'adolescent apparait sous son meilleur jour. Après, la relation devient plus tendue entre le jeune et son accompagnateur, par lassitude et fatigue Mais c'est à ce moment là que tout peut se jouer et qu'il devra décider de continuer ou non. Plus de 90% des marches entreprises depuis le début qu'existe le projet ont abouties. Enfin, la dernière phase lui permet de réfléchir sur l'effort fourni et ce qu'il représente pour lui. C'est à ce moment là qu'il ne remet plus en cause l'autorité de l'accompagnateur et qu'il commence à construire un projet de vie. 

La marche devient alors une thérapie, et sur le plan judiciaire, Bernard Ollivier rapporte pour démontrer la viabilité de ce projet qu’ « en 2013, l’étude d’un cabinet indépendant, ProEthique, arrive à la conclusion que 73% des jeunes ayant marché avec Seuil reviennent porteurs d’un projet menant à la réinsertion. Une autre étude, menée par l’administration pénitentiaire constate, à l’inverse, 85% de récidive à la sortie de prison. »

Plus, concrètement, l’association est financée principalement par les administrations de tutelle : Protection Judiciaire de la Jeunesse : PJJ et Aide Sociale à l’Enfance : ASE. Ceci s’explique par le fait que les jeunes confiés à l’association sont sous main de la Justice.

Lors du passage à Conques de l'Association d'Aide Pénale, une exposition de l'association Seuil était en cours dans le village pour présenter les nouveaux ouvrages de Bernard Ollivier. Elle relatait divers témoignages de jeunes, changés par la marche. Nous vous proposons de les lire.

 

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La maison de la Résilience

Résilience : ethy. Du latin resiliere : sauter en arrière, rebondir.
Force morale; qualité de quelqu'un qui ne se décourage pas, ne se laisse pas abattre.

La maison de la Résilience est un projet de réinsertion ambitieux, porté par Maître de la Morandière et Maître Derouet.

Face aux difficultés rencontrées pour élaborer des projets solides afin de débattre de la mise en liberté de certains clients face aux magistrats, Maître de la Morandière et Maître Derouet ont eu l’idée de créer une maison de la Résilience pour les détenus en attente de leur jugement. Il s’agit d’une idée simple de prime abord : donner à reconstruire une maison aux détenus, porteuse de défis innombrables, et loin de leur quotidien. La finalité est de chambouler leur vie, de leur montrer le champ des possibles en les responsabilisant et en les éloignant de leur milieu criminogène. La finalité est également de faire preuve d'originalité devant les magistrats pour qu'ils réagissent enfin, de bouger les lignes et d'élever le débat sur la mise en liberté en présentant des éléments concrets et tangibles.

La restauration d’une maison, c’est permettre à ces hommes et femmes de gouter à ce silence qui reconstruit, à ce silence qui permet d’oublier le fracas des cellules, le rythme anesthésiant des journées, les fréquentations qu’on accepte faute de mieux et ces nuits qui ne permettent plus de dormir.

Début Juillet 2016, Maîtres de la Morandière et Derouet, accompagnés d'une représentante de l'Association d'Aide Pénale,  se sont rendus en Aveyron afin d’élaborer le projet plus en profondeur et de chercher le lieu idéal pour l’implanter.

La première étape a porté sur le village de Conques, un village tissé de silence dans la vallée du Lot, et recelant un patrimoine médiéval exceptionnel. C’est d’ailleurs autour de l’abbatiale dédiée à la libération des prisonniers  que ce village s’est construit depuis le XIème siècle. Ce lieu prenait alors une symbolique toute particulière pour y implanter la maison.

Conques est traversé par la route de Saint-Jacques de Compostelle et chaque année, des pèlerins s’épuisent sur ses chemins, sont convaincus d’abandonner mais avancent tout de même jusqu’à la prochaine étape, jusqu’au prochain village…

Quel meilleur exemple pour des prisonniers persuadés de ne pouvoir se lever que pour rencontrer un nouvel échec ?

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