La maison de la Résilience

Résilience : ethy. Du latin resiliere : sauter en arrière, rebondir.
Force morale; qualité de quelqu'un qui ne se décourage pas, ne se laisse pas abattre.

La maison de la Résilience est un projet de réinsertion ambitieux, porté par Maître de la Morandière et Maître Derouet.

Face aux difficultés rencontrées pour élaborer des projets solides afin de débattre de la mise en liberté de certains clients face aux magistrats, Maître de la Morandière et Maître Derouet ont eu l’idée de créer une maison de la Résilience pour les détenus en attente de leur jugement. Il s’agit d’une idée simple de prime abord : donner à reconstruire une maison aux détenus, porteuse de défis innombrables, et loin de leur quotidien. La finalité est de chambouler leur vie, de leur montrer le champ des possibles en les responsabilisant et en les éloignant de leur milieu criminogène. La finalité est également de faire preuve d'originalité devant les magistrats pour qu'ils réagissent enfin, de bouger les lignes et d'élever le débat sur la mise en liberté en présentant des éléments concrets et tangibles.

La restauration d’une maison, c’est permettre à ces hommes et femmes de gouter à ce silence qui reconstruit, à ce silence qui permet d’oublier le fracas des cellules, le rythme anesthésiant des journées, les fréquentations qu’on accepte faute de mieux et ces nuits qui ne permettent plus de dormir.

Début Juillet 2016, Maîtres de la Morandière et Derouet, accompagnés d'une représentante de l'Association d'Aide Pénale,  se sont rendus en Aveyron afin d’élaborer le projet plus en profondeur et de chercher le lieu idéal pour l’implanter.

La première étape a porté sur le village de Conques, un village tissé de silence dans la vallée du Lot, et recelant un patrimoine médiéval exceptionnel. C’est d’ailleurs autour de l’abbatiale dédiée à la libération des prisonniers  que ce village s’est construit depuis le XIème siècle. Ce lieu prenait alors une symbolique toute particulière pour y implanter la maison.

Conques est traversé par la route de Saint-Jacques de Compostelle et chaque année, des pèlerins s’épuisent sur ses chemins, sont convaincus d’abandonner mais avancent tout de même jusqu’à la prochaine étape, jusqu’au prochain village…

Quel meilleur exemple pour des prisonniers persuadés de ne pouvoir se lever que pour rencontrer un nouvel échec ?

Une maison avait alors retenu l'attention. Elle recelait un fort potentiel de par son emplacement au milieu du bourg et de par ses volumes. Tout était à refaire. L'objectif était non seulement de la restaurer mais d'y instaurer sur le long terme diverses activités: une activité d'accueil des pèlerins, une activité d'épicerie, une activité d'exercices aux arts martiaux...Les occuper de leurs mains, les rendre maîtres d'un défi, et les aider en faisant bouger leur corps. 

Or, la maison a malheureusement été vendue à d'autre acquéreurs. 

Mais loin d'abandonner le projet, et portés par les encouragements du Service de Probation et d'Insertion de la ville de Rodez qui a reconnu que celui-ci pouvait être d'une grande utilité car il répondait aussi à leurs attentes, Maître de la Morandière et Maître Derouet ont continué à chercher aux alentours, tout en prenant le temps aussi de discuter avec les habitants de la région. Il s'agissait à travers divers rencontres, avec des anonymes, des artistes ou encore les frères du prieuré de Conques de présenter ce projet, son financement qui ne laissait aucune place à un apport de l'AAPé ni de l'administration, et d'en débattre. Comment quitter la sphère éreintante qui réduit un homme ou une femme à son bulletin de salaire, à son casier judiciaire..et proposer au contraire un réel changement ? Il ne s'agit plus de changer simplement de la personne mise en cause mais également l'autorité judiciaire qui peut s'acharner contre elle, et qui a perdu confiance. Parfois rompu, ce dialogue a permis de prendre conscience qu'il fallait associer d'autres acteurs. C'est notamment vers l'association Village 12, une association qui s’est lancée dans les années 1980 dans l’accueil de jeunes en difficultés, et principalement toxicomane, qu'ils se sont tournés pour présenter leur projet. Les membres de l'association ont pu leur faire part des difficultés qu'ils ont pu rencontrer à leur époque, mais ont également salué le projet avec enthousiasme. 

Le dialogue a aussi permis de comprendre qu'il fallait délocaliser le projet. Conques est un souffle qui suit le tracé minéral des collines de la vallée du Lot. C'est une attente suspendue qui saisit le visiteur égaré dans les ruelles aux murs ocres et aux pavés gris. Après réflexion, l'enclavement et l'isolement du village pourrait porter préjudice au projet. 

Toujours d'actualité, le prochain défi est de choisir ces quatre murs à reconstruire.